Voie Bonington/Tejada-Flores, Face Ouest de l'Aiguille du Plan, 700m, M7. Première ascension en libre / Première répétition (?)

Obsédante, c'est surement la caractéristique qui colle le mieux à cette voie. La première fois que je l'ai observé, c'est en sortant au sommet de l'aiguille du Peigne. A peine rassasié de l'ouverture de "Full Love", Julien Désécure, sorte de Huggy les bons tuyaux de la montagne, me faisait remarquer le dièdre suspendu qui nous faisait face. Pressé par la nuit qui allait nous rattraper, j'enregistrais l'info dans mon deuxième neurone, le premier étant occupé à chercher le bouton ON de la frontale. Il est vrai que cette partie de la face prend toute sa dimension à la mi-journée quand le soleil projette l'ombre du dièdre en plein milieu du raide bastion sommital.



En fait non pas 8...6
  Un bon vieux "Guide Vallot" détaille l'ascension : Le grand dièdre terminal présente de très grosses difficultés. Il est peu ensoleillé et les premiers ascensionnistes l'ont trouvé complètement verglacé. Le topo évoque aussi nombres de passages athlétiques, pénibles, d'A3 et de protection sur micro-pitons. Forcément, cette ligne s'inscrit en bonne place sur ma to-do-list, reste à trouver le moment. Le plan idéal consisterait à bivouaquer au plan de l'aiguille pour :
    - Arriver au pied du bastion avant le soleil. (principe de sécurité)
    - pouvoir faire la traversée Plan-Midi dans les temps pour choper la dernière benne. (principe de paternité)
Comme d'hab, c'est le principal qui prime soit le principe de paternité. On adaptera le principe de sécurité en comptant sur de bonnes conditions de gel pour avancer rapidement et pouvoir ainsi quitter le couloir avant que le soleil engage le bombardement dû au dégel . L'intransigeable, le principe de paternité, devra être respecter : une nuit dehors, no more !
La météo et le planning commun décident que nous devront partir à la benne. Va falloir s'adapter...Montée au plus vite à la rimaye, pour gagner du temps, j'ai déjà le rack de matos prêt au Plan de l'Aiguille, mon matos individuel rangé dans un sac à commission ! Plus léger, j'arrive le premier au pied des difficultés. Un peu de répit, Korra arrive encordé, la corde en anneaux autour du buste. Rapidement je fais mon noeud et attaque pendant qu'il délove les 60 mètres. Le warm-up met dans le bain, du M4 raide. La suite, en glace/neige, semble délicate. Je relaie, récupère du matos et repars. De la bonne glace, puis de la neige verticale sans consistance, heureusement c'est court et ça protège bien. Un petit réta en glace fine et la difficulté tombe.
Le ressaut du bas


 Re-relais et on repars à corde tendu pour quelques centaines de mètres.

Le joli passage en goulotte

à pied d'oeuvre
 Une belle goulotte sur environ 80 m,  une traversé facile et nous  z'y voilà ! La course contre le soleil est gagnée, la montagne a été sympa en nous offrant des conditions optimales. Désormais la balle est dans notre camp, à nous d'étre à la hauteur des problèmes grimpistiques à résoudre. Korra attaque, tranquille et efficace comme d'hab !

L2 du bastion
 Dans cette perspective de terrain court, on partage le plaisir en alternant le leadership. A mon tour, la nature m'offre plusieurs possibilité, sans topo dictant le moindre de mes mouvements, à moi de faire le bon choix ou tout au moins d'éviter les grosses erreurs ! La suite sera, au niveau de l'itinéraire, plus simple : suivez le dièdre, point barre. Ça se redresse, Korra fait encore du beau mixte.

L3

Quand vient mon tour de jouer, le granit prend une teinte grise, rarement synonyme de bon caillou. Légèrement, je progresse en gardant en tête que mon pote est pile sous mes pieds. La fissure s'élargit, encore 2 options : extérieure ou intérieur ??? A ce stade là, les deux se valent mais j'avoue que la notion de sécurité qu'offre l'intérieur de la faille m'attire. Une ptite dizaine de mètres et ça se bouche, mais rejoindre l'extérieur semble encore compatible avec la largeur de mes épaules, rapidement mon casque se coince, je l'abandonne au dernier coinceur. En raclant un peu les bords, je retrouve l'extérieur et rapidement un bon emplacement de relais.


L4 / M6



 Dans ce genre de configuration, il faut savoir s'adapter au terrain. Monter tête baissée en bout de corde en ignorant l'environnement conduirait à une impasse, il faut se garder une réserve de matériel suffisante pour construire un relais fiable (= longueur très courte) ou alors trouver le terrain qui permet la construction d'un relais fiable avec le peu de matériel restant au baudrier ! On touche à ce distinguo fondamental qui fait la différence entre l'alpiniste efficace et celui qui a (croit avoir) un bon niveau technique mais dont les qualités d'adaptations en environnement de "terrain d'aventure" sont, comme dit la maîtresse de mon fils de CE2, en cours d'acquisition. Au final, la somme des temps passés à la construction des relais et de la pose des points se chiffre en heure.
Korra aura le bonheur de faire la dernière longueur raide. Une base de conti et de technique, les remarques des répétiteurs qui enchaîneront "à vue" seront appréciées !



L5 / M7
 Encore une grande longueur et nous sommes sur l’arête terminale, le sommet est a porté de main. On peut apprécier la course.
L6


 Une nouvelle fois, la performance des anciens est énorme car sans Camalot, ni TotemCam, ni Nomic, ces gars ont quasiment pliés la voie à la journée!!!!!
Notre dernière satisfaction de la journée sera de mettre les pieds sous la table au refuge du Requin. L'accueil de Delphine et Guillaume fait chaud au cœur, merci à vous, ne changez rien.

Matos : 1 rack du 000 au 4 + 1 rack du 000 au 1 / 3 gros stoppers / corde de 60m
Timing pour info : benne à 8.10 / rimaye à 9.45 / pied du mur à 11.30 / Top vers 18h