Le Mont-Blanc n'est il qu'une affaire d'alpiniste ?

Dernièrement, j'évoquais les décisions prises concernant la voie Royale du Mont-Blanc. Si d'un coté de l'arête Payot, on use de la Force Publique, de l'autre on parle espace de liberté et  responsabilisation. Point commun aux 2 versants, la sur-affluence mais y a t il une réelle surpopulation sur le Mont-Blanc ? Je ne nierais pas qu'il y a du monde mais la sur fréquentation, ça commence à combien de gens au m² ?

Dans les faits, aucun accident n'a été causé par le surnombre, aucun client de refuge n'a dû dormir dehors par manque d'espace, le téléphérique de l'Aiguille du Midi à toujours réussi a descendre ses clients, au pire un refuge est tombé en rupture de stock de coca-cola pendant une journée ! Non, le problème est plus vaste et largement plus complexe que de lutter contre une poignée d'étrangers qui plante leur canadienne à 4000.

Si je trouvais un cahier de doléance des mauvais usages régnant sur le massif du Mont-Blanc, voilà ce que je souhaiterais y apposer.

1°- Que l'on efface les équipements "sauvage"
Souvent, le fait d'une volonté individuelle, il serait facile et rapide à corriger....
Rappels : Supercouloir, descente du Grand Dru, du Grépon depuis le CP, du pilier N de Blaitiére....
Les points fixes dans le socle de la directe Américaine au Dru.
Les cordes en place à l'épaule du Maudit, constat concernant du  niveau pitoyable de certains prétendants à la Bosse.

2° - Que l'on  justifie...
 ...Les relais sur spits de la goulotte Chéré. Ce type d'équipement n'est qu'un encouragement pour des alpinistes dépourvus de dénuement  qui s'empile les uns derrière les autres au mépris de leur propre sécurité (chute de morceaux de glace notamment). De fait, les relais sont surfréquentés ( ceux qui monte et qui rappel). Cette voie est la démonstration par l'absurde d'un équipement à demeure.

 Retirer les relais obligerait les prétendants à sortir en haut du Triangle, ceci redonnerait à la course son caractère alpin. Cela évidemment, restreindrait l’accès 365 /365 tels qu'il est pratiqué actuellement ... mais est-ce gênant ?  Un peu de tranquillité laisserait les marches de l'escalier se reboucher, la neige recouvrirait les taches d'urines qui truffe les relais, peut être même un bouchon de neige se formerait !
En condition estival, la redescente par l'épaule est évidente et rapide. Le retour par la Contamine-Négri   est un bel exercice de cramponnage et de déplacement en terrain montagne. La redescente sur abalakoff pourraient être envisagé pour les plus pressés.

... La corde Dent du Géant. A-t-on la sensation de pratiquer l'alpinisme en se hissant au sommet d'une montagne en s'aidant d'une corde de 10 cm de diamètre et où les tiges de goujons dépasse suffisamment pour que l'on puisse mettre le pied dessus ?

... La corde hivernale à l'Aiguille. Tout comme le Mont-Blanc, la Vallée Blanche n'est-elle pas fortement peuplé ? et si l'on tient le discours d'incompétents sur le Mont-Blanc, il y en a "puissance 1000" en VB...

...Les spits au relais de la Bonatti au pilier du Brouillard. Quel plaisir peut on avoir, si ce n'est celui de la frustration,  quand on tire les rappels après quelques longueurs sans arriver à un réel sommet ! Une action juste insultante à l'égard de l'ouvreur !

==> La Haute-montagne, c'est pas le Parc Merlet, vouloir rendre son accès possible au plus grand nombre est faire preuve d'une grande irresponsabilité...ou d'un sens aigu du commerce.

3°- L'affluence est avéré , il faut faire avec !
Le camping en altitude reste marginal en altitude sur la commune de Chamonix. Le plus marqué, en tout cas le plus régulièrement occupé est celui du pied de la face sud de l'Aiguille du Midi. Pour éviter, l'étalement des déchets pourquoi ne pas délimiter une zone ou les campeurs poseraient leurs tentes, des toilettes sèches et le tour est joué. Saint Gervais a créé un précédent avec son "camps de base de Tête Rousse", pourquoi ne pas créer un véritable camps de base de l'Aiguille du Midi. Cet emplacement est logique pour une pose de tente car il couvre un nombre de courses variées (Gd Capucin, Adolphe Rey, Pilier des 3 pointes, Lachenal, Triangle du Tacul...). De plus, ces toilettes feraient le bonheur des pratiquants "à la journée" (grimpeurs de la face Sud, alpinistes du Tacul ou des 3 Monts à la journée, promeneurs de la TVB...)

4°- l'Aura de la Bosse
Une fois de plus, je le répète la Montagne n'est pas un stade. Y en a marre de voir des guignols remonter la Vallée Blanche en ski de rando sans corde, sans baudrier espacés de 20cm, marre de voir des types faire le record du Mont Blanc à ski se déplacer en solo entre les crevasses, marre de voir un idiot équipé de basket monter l'Inominatta et se laisser glisser sur le cul à la descente du Gouter, marre de savoir que les mêmes vont nous saouler cet été à tenter des trucs ou ils frisent la catastrophe à chaque pas.

Messieurs les Sur-Hommes, respectez (et craignez) l'endroit qui vous accueille. Affrontez le avec classe en respectant ce qui a fait que l'alpinisme est bien plus qu'une discipline obscure qui pourrait finir aux Jeux Olympiques.
Prônez l'esprit de cordée et le respect des règles de sécurité,  refusez l'assistance le long du parcours pour faciliter un passage plus difficile (personnel en place, pause de corde fixe, assistance matériel...) et évidemment pas d'emploi d'hélico pour les images et évidemment pas de triche sur l'horaire et/ou de dopage.

Amis Médias, occultez les ânes bâtés de vos chroniques.
Amis sponsors, virez ces énergumènes de vos team de sponsorisés .

5°- Un peu de rêve 
La pratique de l'Alpinisme Chamoniard est liée aux remontées mécaniques, alors :

- Rêvons d'horaire d'ouverture cohérents avec l'activité alpinisme / ski de rando.
- Rêvons d'une ouverture du téléphérique des Grands Montets dés le début du mois de Juin et jusqu'à la fin de Septembre.
- Rêvons que les bennons d'Helbronner tournent plus tard les journées d'été.
- Rêvons que les 3 première bennes de l'Aiguille du Midi soient réservés uniquement aux alpinistes.
et tant que j'y suis :
- Rêvons que l'isotherme 0 dépasse jamais 2500m, que le risque d'avalanche soit toujours nulle, que les séracs ne s'effondrent plus, que les pierres ratent la tête des alpinistes et que la foudre ne tombent qu'au pole Nord.
- Rêvons qu'il y ait un distributeur de coca au pied de chaque face et un vendeur de Kebab à chaque bivouac!

6°- Encore plus loin !

Rêvons d'une commission qui traiterait de façon consensuelle tous ces points noirs (plus le reste) et qui refléterait les différentes composantes de la communauté montagne : Alpinistes amateurs , Guides de Haute-montagne, Secouristes, Gardiens de refuge, Fédérations, Elus, Médias, Fabricants de matériel de montagne, Gestionnaire de remonté mécanique.

"Le Mont-Blanc interdit" pour les nuls

227 ans que des gens montent au Mont-Blanc.
227 ans pendant lesquels la manière d'atteindre son sommet à été laissé au libre arbitre des prétendants.
En 2012, on vous l'avait annoncé. En 2013 ça se concrétise, et bien oui, "le changement sur le Mont-Blanc, c'est maintenant".

 2 couches pour mieux comprendre !

Le niveau technique "Peu Difficile" de la voie Royale, en condition idéale permet à n'importe quelle personne de bonne constitution d'atteindre le sommet du Mt-Blanc sans rien maîtriser des éléments connus de tout alpiniste averti ( S'encorder et comment correctement le réaliser, glissade et comment l'arrêter,  chute en crevasse et comment en remonter, Mal Aigü des Montagnes et comment percevoir les symptomesr, signes météo et comment les interpréter, brouillard et comment s'orienter, mauvais temps et comment s'en protéger....)

La constatation : beaucoup de monde tente la bosse CE QUI ENTRAÎNE QUE les infrastructures présentes sur sa commune sont débordées CE QUI ENTRAÎNE le développement d'hébergements alternatif, camping et bivouac, générant une pollution sous forme de détritus et déjections humaines MAIS...depuis le 14 Juin 1951, les terrains communaux du Massif du Mont-Blanc situé à plus de 2000 m d'altitude ont été classé (loi du 2 Mai 1930 relative à la protection des sites). Cette zone a été étendue par décret ministérielle le 16 Juin 1976.

 Ce classement a pour effet d’interdire le camping sauvage sur l'ensemble de la zone. (zone orangée sur la carte ci dessous).

Pour faire appliquer cette "nouvelle vieille règle, pendant la saison estival 2013, 55 journées verront donc une paire d'homme en bleu sur les bords du sentier dans les environs du refuge de Tête Rousse.
Leur mission sera de rappeler la règle aux alpinistes.



Comme pour n'importe laquelle des infractions, le non-respect de l'interdiction de camper dans une zone classée est prévue par la loi.
Cette infraction est classifiée délit et puni d'une amende de plusieurs milliers d'euros. Rassurez vous, il n'y a pas de peine d'emprisonnement possible.
 Néanmoins en application de l'article L341-21: "Les agents chargés de constater les infractions mentionnées aux articles L. 341-19 et L. 341-20 peuvent procéder à la saisie de l'objet de l'infraction...". Objet de l'infraction : la tente.

Que peut il se passer concrètement pour ceux qui tenterait de camper sur la voie royale, hors emplacement réglementaire?

- Principe de départ : tente montée, infraction consommée.

- Cas 1, dit du monde des Bisounours : Les gendarmes vont arriver, ils demanderont poliment un démontage de la tente, les alpinistes acquiesceront et démonteront l'objet du délit. Ils auront alors le choix d'aller au refuge s'il y a de la place, continuer l'ascension ou redescendre dans la vallée. Avant de partir, les campeurs repentis présenteront une pièce d'identité aux gendarmes. Comme pour une infraction au code de la route, une procédure judiciaire sera rédigée et transmise au Parquet.

- Cas 2 :  Les alpinistes refusent de présenter une pièce d'identité : Tout faux car le contrôle d'identité est légal dés que la personne a commis une infraction. Le gendarme présent pourra les retenir 4 heures maximum sur place afin de procéder aux vérifications ( Art 78-3 : Si l'intéressé refuse ou se trouve dans l'impossibilité de justifier de son identité, il peut, en cas de nécessité, être retenu sur place). Passé le délai de 4h, la personne est libre de partir. L'impossibilité de prouver son identité n'est pas constitutive d'une infraction. C'est le refus de donner son identité qui est illégal.

- Cas 3, dit "Simon et les sherpas" : se reporter à l'actualité récente. Triste.

Quid du bivouac ?
Si le bivouac est évoqué dans la réglementation de certains parcs, il n'est pas envisagé par la loi. Néanmoins fortement ancré dans la culture des alpinistes, passer une nuit sans user d'une tente serait donc autoriser en permanence sur TOUT le massif.
Contrairement à ce qu'à décréter la FFCAM sur son site, ici en résumé :
" Comme les années précédentes, par arrêté ministériel, toute forme de camping est interdite dans  le site classé du Mont-Blanc, y compris le bivouac. Un dispositif sera mis en place par les pouvoirs publics dès cette année, pour veiller au respect de cette réglementation. " Intérêt économique ?

L'application de cette règle crée une régulation d’accès au Mt-Blanc  de façon draconienne en s'alignant sur le nombre de couchage proposé. 
Soit actuellement, 100 places sur l'ensemble des 2 Gouter (80 pour l'ancien / 20 pour le nouveau) car il faut attendre la commission départementale de sécurité pour ouvrir le nouveau à plein régime (120). On y additionnera les 74 places du refuge de Tête Rousse : soit 174 dans un 1er temps puis 194 après avis favorable de la commission.

Cette application stricto sensu, rend l’accès à la montagne payant (60 euros la nuité sans demi pension au refuge du Gouter, 26.80 à Tête Rousse). Heureusement depuis 2004, le législateur a modifié le texte  pour aménager un camp de base à Tête Rousse. La gratuité des emplacements donne un accès libre à la montagne...mais pour un nombre limité. En effet, ce camping gratuit a une capacité de 50 places (environ 100 personnes). Mais attention, une fois atteint le quota, le camping ferme. Pas le choix, il faut attendre que la place se libère. C'est dire, redescendre dans la vallée...
Un rapide calcul : sur la période 15 Juin / 15 Septembre, à la louche 90j, et en considérant, un turn over des tentes de 2j. On obtient : 45j x 50 places x 2 personnes par place = 4500 ascensions ouvertes aux campeurs. D'une autre façon de voir les choses, 4500 ascensions gratuite si l'on prend l'itinéraire à pied au départ des Houches.


L'application de cette règle a le mérite de faire bouger les choses MAIS c'est  une initiative qui ne solutionne pas le problème de l'engouement pour cette montagne.

L’extrême rigueur de la décision, sans avoir tenté de solutions plus persuasives et moins coercitives, est garante de situations difficiles. L'information concernant l'interdiction est pour le moment plus que discrète en France. Qu'en est il auprès des alpinistes Roumains ou Turcs ?

La présence, bien connue de tous, des tentes "ventouses" (tentes sous-louées) n'a jamais été traité, ceci était un "vrai" problème.

Les 2 pollutions sont les déjections humaines et les détritus, l'installation des systèmes de toilettes sèches aux endroits critiques résoudraient un gros volume du premier problème. Pour le problème des détritus, les Européens des pays riches qui se déplacent à l'Everest ne sont guère des modèle de propreté. Je sais cette réponse ne traite pas le problème mais on là plus face à un problème d'éducation que de droit.

Pour terminer, projetons nous dans un délire de faits invraisemblables :

   -Imaginons ce qui n'arrivera jamais. Imaginons un départ au milieu de la nuit où 174 alpinistes à la queue leuleu remonteraient le sentier de l'Aiguille du Gouter. Les premiers, une cinquantaine de clients encadrés de professionnels  marchent sereinement. Les espaces se creusent avec les suivants, amateurs moins habitués à trouver le bon cheminement à la lueur d'une frontale. Une cordée s'éloigne du chemin, un des alpinistes fait rouler une pierre puis deux , puis trois , puis...Qu'advient-il à la centaines de personnes en aval ?

    -Imaginons ce qui n'arrivera jamais. Imaginons 2 cordées d'un niveau physique et technique identique. L'une partirait de 3167m et l'autre de 3835m, toute deux se dirigeraient vers un point quelconque, genre 4810m. Certes, la première dormirait mieux, mais ce stress qu'on tous les alpinistes avant une course, fait qu'au bout du compte, les 2 cordées dorment aussi peu. Ce qui est sûr, c'est que les premiers seront largement plus fatigués et fatalement moins concentrés face aux mêmes difficultés (arête des Bosses en condition délicate ou descente de l'Aiguille du Gouter)... La montagne fait payer comptant les erreurs d'évaluation.
 
  -Imaginons ce qui n'arrivera jamais. Imaginons une vingtaine d'alpinistes fatigués mais heureux, ils ont mis le temps mais finalement ils ont atteint le fameux sommet. Les pauses ont été nombreuses et le retour est lent mais ça y est le refuge du Gouter est en vue. Il ne reste plus qu'a descendre jusqu'à Tête Rousse . En cet fin Juillet, il fait extrêmement chaud et les pierres roulent dans l'aiguille du Gouter. Les blocs sont évités de justesse par les alpinistes. Un gros boum, la foudre vient de frapper. Mauvais Karma.

Restons vigilants, un jour peut être, un fou interdira le bivouac sur TOUT le massif du Mt-Blanc.
(mais nos 2 fédérations lutteront contre cela, n'est-ce pas ?)

Les alpinistes deviendront ils alors des
 "Délinquants de l'inutile"

Face Nord des Pélerins, "Beyond the Good and the Evil"

Mercredi 24 Avril, une belle journée, du grand beau comme c'est rarement le cas ce printemps. Est-ce la neige qui n'en fini pas de s'accrocher dans les faces mais l'envie de goulotte est toujours là. Cette ligne mythique dont le fameux dièdre se voit de partout depuis Chamonix me hante toujours et  même si je l'ai déjà parcourue il y a quelques années en arrière l'envie d'y retourner me motive à fond. Pour l'instant, le score Beyond / Jeff reste à 1 partout. 1er point pour moi mais le match retour fut salé car voulant y retourner dans des conditions de gel douteuses, mes 2 pioches reculèrent simultanément et incapable de m’arrêter, je chutais violemment de quelques mètres au grand désarroi de ma cheville droite. Le diagnostic fut immédiat : grosse entorse. Retour en rappel puis glissade sur les fesses à attendre l'hélicoptère du secours. Double dose de rage car en plus d'un arrêt d'activité, c'était mes vacances en Ecosse qui s'envolait.
De visu, les conditions ne semblent pas pire, le bas est correct, puis la pente de neige. La première moitié de la première longueur du dièdre est total dry mais la section dure est assez courte, 5/6 mètres, le reste du dièdre est d'un blanc polystyrène, la suite ne se voit pas mais devrait faire.
Accompagnés de 2 bons potes, la journée s'annonce forcément bonne. Yann Gérome nous fait une trace à client qui nous convient tellement bien qu' à chaque fois qu'il s’arrête pour passer le relais...on s’arrête aussi 2 conversions plus bas. Voyant nos fronts dégoulinants, il finira la montée seul devant. Dans son élan, il prend la tête jusqu'au pied du dièdre.
Premiers mètres.


Toujours prêt à rendre service, je propose de faire les 100 mètres suivants. Probablement à cause de mon Alzeimer, je n'avais aucun souvenir du dry de départ. Les micro-pieds d'une dalle trop lisse me font bien forcer, un petit effort supplémentaire et une neige dure et compact conduit au relais.



Les quelques mètres bien corsés du dièdre.
 Plus concentré, je pars dans la longueur suivante car même si je ne dois pas partir en Ecosse dans les jours à venir, je n'ai guère envie de retâter de la rééduc' en salle de kiné ! Les 20 premiers mètres nécessitent un peu d'attention car les ancrages ne sont pas toujours béton, la fin déroule en neige dure, un vrai régal. Malgré toute les longueurs que j'ai grimpé cette saison, celle-ci est réellement un must.
Corner, part 2

Le reste sera nettement moins raide mais chaque longueur propose sa section à problème...pour notre plus grand plaisir...



 Tels le futur guide de dans 4 mois, La Truite nous emmène rapidement jusqu'à la connexion avec la "Carrington / Rousse / Rebuffat /Terray".
Vidéo By Yann Gérome

Encore 2 longueurs et nous seront à la brèche...sauf que la dite brèche est comblée d'une énorme corniche. Quelques jours auparavant, une cordée de super héros a trouvé intelligent d'aller tester sa solidité en passant dans le petit espace rocher/corniche puis de redescendre en rappel dessous.
Quand je vois ça, je trouve la montagne tellement injuste !
Conscient de leur connerie, ils laissent un post non signé sur le site de l'OHM avec une photo et déconseillent l’accès à la C.R.R.T.
Protégé par un éperon, nous choisissons de redescendre plutôt que de nous exposer inutilement. Malgré le fait que mes 2 compagnons de cordé n'aient jamais gravi cette voie, la décision d'abandonner est prise à l'unanimité. Merci les copains, j'adore les gens qui réfléchissent avec leurs têtes plutôt qu'avec leurs piolets et leur fierté.
Nous discutons de ce genre d'attitude quand le téléphone sonne...une mauvaise nouvelle qui nous assomme...un copain du Pg vient de se tuer en montagne. Je pense à son petit garçon de 5 ans, à sa femme, à ses parents. Égoïstement, je pense aux miens.
Et puis toujours la même question qui revient en boucle : "comment peut on continuer à aller en montagne avec la banane quand on a, tant de fois, vu la peine de ceux qui reste ? Pourquoi, inlassablement, jouer avec le feu ?
Et puis, toujours ces beaux jours qui reviennent, ces faces magnifiques qui font briller les yeux, ces itinéraires à faire absolument (!), ces conditions à ne pas rater (!!)
Aujourd'hui, plus qu'un autre, le nom de cette voie prend tout son sens : Au delà du bien et du mal...les hommes continueront, sans cesse, à Vivre et mourir en montagne. Salut Olivier.





"Une saison en enfer", 200m / 7a max, La Vierge, Argentière


Petit intermède ensoleillé dans cette automne sans fin.
 Confirmation du fait que ce coin est vraiment une base de la belle fissure.

L1 en 6a, ça sonne un peu creux tout ça.
Sortie de L2, 6b+. Une des plus belles, le réta du petit toit, ci-dessus, est 3*
Score du "Kill Spit" : 100%
L3, 6b+ homogène.
"Kill Spit" : 50%
Le dièdre en 7a, plus tu montes plus c'est facile mais bon faut bien forcer au début.
"Kill Spit" : euhhh tout clipper :(( sauf le dernier







Dans le désordre : un caméraman au look improbable mais toujours efficace, un super grimpeur, un pied qui pue.
Last Pitch, 6b+ frisquet.
"Kill Spit" : 0%
topo volé à Matteo Giglio, merci
Attention à la descente, ça passe juste limite avec 60 mètres du relais du sommet du 7a au pied du 6b+.

Pointe Adolphe Rey, Face Nord, "Ultra-directe EHM", M8 / 250m

De mon échec au Petit Capucin, j'avais ramené une photo du coté nord de cette face bien plus connu pour ses sympathiques escalades fissurés versant soleil. Malgré quelques efforts pour ré-enfiler les chaussons, pas moyen de lâcher ces fichus piolets. Comme d'habitude, l'inspiration de la ligne vient d'un Vallot des années 70, le descriptif parle d'artif 2ème degré, de dièdres, de coins de bois et de pitonnage, plus curieux est l'évocation  d'un "lancer de corde" sur un bec rocheux. Doté d'une nature plutôt maladroite, je me vois déjà passer de nombreux essais infructueux à tenter de coiffer le bec en question en jurant par tous noms d'oiseaux de la Terre.
Le dièdre, le piton, le coin de bois : what else ?
Le traditionnel triptyque "Benne/Ski/Peau" propose une approche comme je les aime : courte et pas épuisante.

L'attaque est des plus évidente : une tour triangulaire rouge à escalader par son coté gauche.


Une fois lancée,  la ligne est évidente, elle alterne entre passages dry retors et petites goulottes.
Dry retors


et petite goulotte

















 L'éperon fissuré qui nous domine me laisse quand même bien dubitatif mais l'histoire de la traversé à droite me revient en tête, comme il dise à Champagny : ça va bien se passer.


 Arriver au pied, la fissure-dièdre de 55 mètres est tentante. Ce sacré topo est hallucinant de précision, il parle exactement d'un "dièdre pitonné à laisser" pour traverser à droite. Les 5/6 pitons estampillés EHM, ancêtre de l'EMHM depuis 1966, qui sont solidement planté dans la fissure nous convainc de nous y lancer. Le ceinture noir Kevin Gourde lance une belle attaque mais une tentative pour rejoindre une partie moins raide, l'oblige à un retours rapide à la fissure directe. L'escalade est super athlétique car les coincement nécessite de faire travailler les lames en bras de levier pour être efficaces. Avec les pieds sur des micro-grattons, ça devient laborieux et chaque mètre se mérite. 1cm de lame en moins plus tard, je parviens à une petite vire permettant un léger repos.




















 Je n'ai pas fait plus de 30 mètres mais le double jeu de protection y est  passé. Relais! La suite offre encore 20 mètres d'efforts avant de que les difficultés ne cessent. La suite est franchement plus évidente, probablement 50 m mais la nuit qui va tomber et le brouillard qui monte vite nous enclin à la prudence.


La partie non-grimpée

 On équipera 4 rappels dans la voie pour revenir aux skis. Promesse tenu, on mettra plus de 3 heures pour rejoindre Cham'. Brouillard à couper au couteaux et neige pourrie jusqu'au Mottet puis portage des skis jusqu'au bout. Fin de l'aventure au Midnight à 23 heures.
Le panoramique du jour : mer de nuage très très épaisse