Contests de dry tooling et autres compets internationales 2014/2015

Et c'est repartit pour un tour. En France, le circuit Dry mené par l'assos' DTS, s'ancre dans le paysage automnale avec un nombre d'épreuves révélateur de l'engouement. La sélection nationale, 3éme du nom, se déroule au centre nationale de Champagny sur glace. Cette année encore, une coupe du monde s'y déroulera. Il ne nous manque plus qu'un compet' nationale indépendante pour que touts les étages de la fusée soient enfin réunie. Il serait grand temps que la FFME qui brille par son absence lâche enfin sa délégation à une fédé plus motivée...
Il me semble que le traditionnel Ice Festival de Kandersteg a disparu des tablettes, rançon de nombreux début janvier sans glace. Même si la compet' était nase, la soirée et l'ambiance exceptionnelles qui y régnaient seront regrettées de beaucoup. L'ice opening de Cognes prendra t il le relais ?
- 28 Septembre : Charbo Contest à Lyon
- 5 Octobre : Sati Dry Day à l'Abattoir, Vercors.
- 11 Octobre 2014 :  Dry Tool Competition angleterre, sud de Heffield. Particularité :  Cette compet' présentera le même profil que l'exhibition des JO de Sotchi. Une succession de cubes comme ci-dessous.
- 11 Octobre : journée de détection dry tooling pour les 13/18  ans au col de Saint Saturnin (73). ici

- 12 Octobre : 1er DTS au Barrio, Maurienne. ici

- 19 Octobre : sélection nationale de l'équipe FFCAM à Champagny, ici, 8 grimpeurs sélectionnés (H/F) qui pourront suivre l'IWC avec aide financière.

- 25 Octobre, journée de détection dry tooling pour les 13/18  ans au Zoo (74). ici

 - 1er Novembre 2014 : Scottish Mixed Master, ici , à proximité de Fort William, Ecosse

- 02 Novembre : 2éme DTS

- 09 Novembre : Contest de dry tooling à Troubat, Pyrénées.

- 15 Novembre : 3ème DTS

- 29 Novembre : Dernière étape du DTS, finale à Voreppe.

- Probablement en octobre / novembre, les cousins Beefs du DTS organisent leur traditionnel circuit. Peu d'info actuellement...

- 11 au 14 Décembre 2014, 1ère étape coupe du monde glace, Bozeman, Montana, USA.

- 12 au 14 Décembre 2014 , Cogne ice opening

- Ouray Ice Festival, 8 au 11 Janvier 2015, ici

- 2ème étape IWC, 9 et 10 Janvier 2015, cheoogsong, Corée du nord.

- 15 au 18 janvier 2015 : ICE de l'Argentière, ici

- 30/31 Janvier 2015 : GZD

- 3 ème étape IWC, 23 et 24 Janvier 2015, Saas fee, Suisse.

- 4ème étape IWC, 30/01 et 01/02/2015, Rabenstein, Italie

- 5ème étape IWC et CHAMPIONNAT NATIONAL difficulté et vitesse du 5 au 7 Février, Champagny, France,
Pour y participer, seront prioritaires tous ceux qui auront fait les sélections. Les places vacantes seront comblées sur dossier, sélection par ordre d'arrivé. 24 places en diff man / 24 diff W / 24 speed man / 24 speed W.
 Les concurrents de diff. masculine retenus seront répartis par tirage au sort dans les voies de qualif.

- 6ème étape IWC, 6 au 8 Mars, Kirov, Russie




Aiguille D'argentière (3901m), Ouverture d' "Élévation" 7b+max, 1100m.

Temporairement célibataire en saison d'été, mon univers est alors concentré sur la montagne 100% du temps. Pendant 6 semaines consécutives, le travail m'y amène et mes jours off m'y ramène. Mélange ininterrompu de bons moments et de pires catastrophe, la pause estivale devient un
véritable concentré d'émotions.

Moment attendu de l'été, j'apprécie particulièrement la fête des guides de St-Gervais car pour moi qui ne suis guide que par la médaille, vivre cette belle cérémonie de l'intérieur est un grand honneur. De plus, au gré des rencontres, son déroulement en est toujours incertain...mais bon cette année, après une 15aine d'heures de vigilance de tous les instants, j'ai réussi à ramener ma chemise, par contre "au revoir" béret et écussons. Une nuit bien trop courte, un petit BBQ à midi et nous voilà à chercher comment meubler les 2 jours suivants. Parti chercher des chanterelles,on se retrouve sur le quai du téléphérique des Grands, direction le refuge d'Argentière. Fabien Dugit a profité d'un sursaut de lucidité pour se rappeler qu'il lui restait à terminer une voie commencée 2 ans auparavant avec Eric Jamet et Cédric Lachat. Avec son éternel sourire en coin et sa bonne humeur constante, partir avec Fab' est la garantie d'un bon moment. Conjugué au fait de "devoir" rester au refuge pour 2 soirées, que demander de mieux ? Béa et Fred, les gardiens, sont d'une gentillesse rare, être leur hôte est un sacré privilège. Nos airs de zombies St-Gervolains les font bien rire quand on leur raconte notre journée de la veille. Faut dire qu'on a pas besoin de détailler car notre dernière prestation en ces lieux fut des plus mémorables. Après un excellent déjeuner des plus arrosés, Béa voulait appeler l'hélico, persuadée qu'on ne verrait jamais le bas de la Pierre à Ric!!!! Bon, c'est vrai que ça n'a pas été sans mal mais après un petit quart d'heure à chausser les skis et quelques "frontflip" improvisés, on a finalement touché le fond de la vallée. Tout ça pour dire qu'a 7.30, on dormait comme des bébés. Réveil à 04.00, glacier des améthystes, rimaye du Y, 150m de gradins faciles, à partir de là on reprend les longueurs ouvertes en 2012. Le granit est magnifique et la grimpe en fissure bien sympa, rien à jeter !!!! 
Un petit parcours d’arête varié et nous voilà au pied de la tour finale !!!! On a 3 possibilités, emprunter une ligne de fissures grises : peu excitant ; droit dans les toits : dément mais humide ; prendre en écharpe à droite mais sans certitude car on ne voit pas toute la face. Dans le doute, on choisit le doute. On ne sera pas déçu, que de la fissure et majeur en plus....Le bémol vient de l'averse de neige que l'on essuie et qui empêchera SuperFab d’enchaîner le 7b+ final. Reste encore la partie sommitale de l’arête du Jardin pour dépasser les 3900m. En résumé, une ligne hyper complète dans une ambiance décontractée, la classe quoi.


Les secours en alpinisme ne sont jamais anodins car même si la traumatologie est légère, le milieu n'en demeure pas moins exigeant. A contrario de l'alpiniste qui s'approprie doucement l'environnement, le secouriste s'y retrouve projeté bien souvent en quelques courtes minutes. Les éléments de l'alerte permettent de se faire une idée...qui, pour moi, est rarement la bonne. Même en connaissant très bien le massif, on n'en connaît jamais chaque mètre carré. Et c'est bien souvent ce mètre carré qui vient tout bousculer ! Quand par hasard tout colle, se seront l'aérologie ou la météo qui viendront rajouter du piquant... Il ne reste alors qu'une petite minute, quand tout va bien, pour élaborer un plan d'action ou l'on intégrera : le lieu de dépose par hélicoptère le plus adapté, la sécurité d'une équipe de 3 personnes, la médicalisation du blessé puis son évacuation, la gestion psychologique du compagnon de cordée, les risques environnants (chute de pierres, coulée de neige, crevasses potentielles, sérac, autres pratiquants....), tout cela pondéré par l'adrénaline de l'action en cours. La frontière entre vitesse et précipitation est aussi épaisse qu'une feuille de papier à cigarette. Il est bon alors de pouvoir bénéficier d'une expérience de 44 années d'inorganisation quotidienne qui au final donne une certaine facilité d'adaptation à l'imprévu.

Quand l'issu est dramatique, les réactions sont exacerbées. D'abord, il y a le choc de la découverte, quand l'issue est incertaine je me persuade jusqu'au dernier moment que tout va bien le meilleur des monde, puis brusquement, un sac, une veste, un corps. Tout bascule dans l'horreur, sans être docteur en médecine, certaines postions ne trompent pas...Il faut alors  « extraire » comme on dit. Un mot bien trop court pour résumer les actions qui vont suivre : anticiper sur les risques potentiels car souvent (toujours?) les corps s’arrêtent sans tenir compte de l’environnement. Même avec le statut de demi-dieu, le secouriste du PGHM (de Chamonix ;-) ) n'en demeure un homme. Personnellement, les circonstances ont faites que j'ai pris plus de risque pour un mort qu'un vivant. Piocher sous la rimaye du couloir du Goûter en fin d’après midi pour en extraire 3 personnes, descendre de 40m dans une crevasse dont les ponts de neige successifs étaient bien trop fragiles et ou ma corde de sécurité appuyait bien trop fort, se retrouver sous un énorme sérac pour libérer un corps retenu par de trop nombreux brins de corde avec un couteau qui ne fonctionnait pas assez vite. Dans ce cas, même relier au câble de l'hélicoptère, on sait que nos pilotes (qui eux sont de vrais dieux) auront du mal à nous dégager du risque mortel. Psychologiquement, cette situation est accentuée par le corps qui nous fait face. Les victimes ne ressortent jamais « anatomiquement correctes » de longues chutes. Le doyen de nos pilotes dit qu'il « voit la mort sans la regarder », pour nous secouristes je dirais plutôt qu' on « voit la mort et qu'on essaie de ne pas trop s'en imprégner » car quand il faut trouver le baudrier ou vérifier que la personne n'est plus accroché à la montagne, difficile d'éviter cet œil arraché, ces deux mains manquantes ou cette jambe qui a disparue.Et si l'on est assez « chanceux » pour être aveugle à tout cela, notre nez ne saura nous éviter cette odeur insupportable. Jeune secouriste, cette odeur remontait dans mes narines à chaque fois que j'ouvrais le dossier qu'il me fallait rédiger pour expliquer les circonstances de la tragédie.
Après le terrain et l'action qui capte l'attention, la partie la plus difficile reste à faire : accueillir la famille.Trop facilement, on se projette à la place du père, du frère ou du fils et le calvaire continue...
Si bien souvent, le décès est annoncé de vive voix par une tierce personne, certaines situations nous obligent à annoncer l'impensable par téléphone. Je me rappelle des conseils d'un brillant psy, «arriver à faire formuler aux proches ce que l'on doit annoncer.» J'avoue être extrêmement nul à jouer au chat et à la souris dans ce contexte. Les cris qui suivent sont insoutenables.
Le summum de l'émotion reste la rencontre avec les proches, quand il faut tenter d'expliquer, quand il faut dire avec conviction que non évidemment ils n'ont pas souffert. Un jour, j'ouvre la porte du PG et tombe face à une jeune maman en pleur, 2 jeunes enfants l'entoure, 2 et 5 ans. Papa est parti faire un saut en wingsuit, le reste de la famille l'attendait gaiement pour aller manger une glace. Il n'a jamais rejoins les siens, les cieux l'ont accueilli. Mes enfants ont un age identique, la transcription est rapide, je leur indique un endroit pour s'asseoir et m'éloigne la gorge bien trop nouée pour prononcer un seul mot. Après tout ça, difficile d'exprimer la motivation pour un tel travail. Néanmoins, je reste convaincu que c'est le plus beau de tous les métiers que j'ai envisager. Comme argument mon secours de la veille. Tentant l'ascension de la voie des Dalles au Pouce, un homme chute d'une vingtaine de mètres, son partenaire est affolé. L'accident s'est produit à environ 200m du sol, en pleine paroi. En cette fin d'aprésmidi, le temps est beau sur le massif mais un petit groupe de cumulus a décidé de faire une pause au-dessus de la Flégère. La première tentative d'hélitreuillage échoue, la visibilité varie trop rapidement...Incertain du bilan vital, il est urgent d'agir. Le pilote masterise et me pose en douceur, malgré vent et nuages, ma main attrape le relais sans forcer, à moi de jouer. Je me détache du câble, me sécurise à la paroi. J'évalue rapidement le patient, on l'évacuera en l'état. Impossible de faire mieux, si la météo se dégrade on sera tous bloqués au relais. Ce genre de dépose est délicate, le médecin ne pouvait m'accompagner. Après une court répit, les nuage reviennent. Le ton du mécano me fait facilement comprendre l'évolution de la situation d'un point de vue aéronautique. Méthodiquement, je sécurise le blessé, le décorde, lui enlève son sac, vérifie qu'il n'est pas accroché à la paroi par un autre mousqueton car cela serait catastrophique au moment du treuillage. Tout bon, je rappelle l'hélico. La boule orange qui symbolise l'extrémité du câble descend sur nous rapidement. Je l'y accroche, le décroche du relais, un dernier coup d'oeil pour vérifier que tout est ok, le signe de bras réglementaire et déjà il est loin de nous. Tous cela a durer moins de 3 minutes. Oufffffffffff, l'essentiel est fait. Pour son compagnon et moi, désormais l'issu sera par le haut. Je passe en mode guide pour la fin de l'ascension. La météo valide notre évacuation d'urgence, nous ne sortirons des nuages que 3 heures plus tard, le Pouce lui restera embrumé toute la soirée. Dés le lendemain, Gabriel pourra raconter la fin la course à son partenaire en toute sérénité, celui-ci n'a que 4 côtes cassées.


Variations autour de l'Envers

Comme dit ma femme "l'été est toujours une trop courte parenthèse dans cette vallée". En tant qu'alpiniste, c'est une période que j'apprécie pleinement car les objectifs que je me fixe sont tranquilles, sans pression et interrogation de toute sorte.
Mes sorties ont été à l'image des créneaux de beaux temps : brèves, rares et intenses. Après une apparthée bien trop fraîche sur l’arête Kuffner, je me suis régalé du versant ensoleillé des aiguilles de Chamonix. La météo saupoudrant régulièrement les sommets au-dessus de 3500 mètres, l'Envers des Aiguilles offre un terrain de jeu en parfaite adéquation avec mes ambitions de la saison : des parcours un peu long en terrain peu difficile. Si l'on y rajoute de belles faces, du soleil, du rocher sain, un sac léger et un horaire de réveil "normal", cet acharnement compulsif en deviendrait compréhensible.

Grépon-Mer de Glace sera notre 1er objectif, une valeur sûre du secteur. Il y a surement plus de 10 ans que je n'ai pas refait cette course, Alzheimer aidant, je suis quasiment "à vue". Vincent lui l'a fait il y a peu mais avec une mémoire vive n'excédant pas 1 semaine, on va devoir ouvrir les yeux. L'avantage des parcours à la journée réside essentiellement dans le fait qu'il fait jour...avec un premier train à 8.30, pas de galère de franchissement de rimaye à la frontale . Vinc' retravaillant au bureau à 17h, on aura que peu de temps pour discuter de l'adage "C'est pour la plupart des hommes un exemple décourageant que la sérénité d'un cochon". Du découragement, nous n'en auront pas trop subi car la voie est pliée en un peu plus de 2h jusqu'à la brèche.
2 semaines plus tard, Fab Dugit France embarque à bord du train du Montenvers avec nous. Direction : l'aiguille du Plan.



 Cette fois, personne n'embauche à 17h mais un pote fait son pot de départ en début de soirée. Avec toute les farattes qui traînent en ces occasions, on sait qu'il ne faudra pas arriver trop tard si on veut avoir droit à un verre de punch et des petits fours!!!!
Réglé de la fois d'avant, je gagne 1 kg car j'ai compris que je pouvais remplir la gourde à coté du refuge. Un bon podcast d'életro nous motive, du coup la montée est dure mais pas trop longue, les choses se gâtent quand on prend pied sur le glacier. Pas une trace et avec le soleil qui tape depuis un bon moment, à chaque pas on s'enfonce d'une bonne dizaine de centimètre.

 Au début, on a le moral car vue qu'on vise la mauvaise montagne, la face parait proche. Quand on se rend compte que l'on ne va pas au Pain de Sucre mais bien plus en amont, je me dis que le podcast va être un peu court... L'attaque de la voie Ryan est réputée pour sa triple rimaye mais pour nous pas de souci de rimaye car en étant à midi au pied il va falloir trouver une alternative. Le rocher restant le plus sûre face à la neige molle, on passera par là. A une chute de pierres évitée de 20 secondes et une glissade du leader arrêtée 2 mètres au-dessus de la rimaye haute de 10 m, on peut dire que cette option déroule bien.


 Sans se concerter, on est unanime pour dire que l'issue se fera vers le haut. Une fois ces fantaisies effectuées, la ligne est vraiment classe, le cheminement demande un peu de réflexion car les options sont toujours multiples et en tous cas toujours très athlétiques. Respect pour les frères Lochmatter qui en 1906 avaient une sacré sérénité de cochon pour envisager l'ouverture de cette itinéraire d'envergure en partant du train du Montenvers ...en 12h40!!!!!! Bon au final, on passera autant de temps sur le sentier que dans la voie, 4 heures pour chacun. A 16h, au sommet de l'aiguille du Plan nous avons 2 solutions : mettre 1h pour rejoindre l'Aiguille du Midi mais si on se rate sur l'horaire, on rate la benne. Soit on se tape 2600m de dénivelée négative à pied et on est sûr d'étre à Cham ce soir. La chance nous sourit car une trace énorme part en direction du refuge du Requin, il nous faudra encore 6 bonnes heures pour atteindre la vallée. C'est curieux, arrivé à l'apéro à Francis tout le monde se tenait loin de nous, soit disant qu'on sentait un peu la transpiration....





Le 3ème et dernier "summer run" se déroulera sur Roc-Grépon, encore une classique que ni FabienDugitFrance ni moi n'avons eu la chance de parcourir. Largement moins fréquentée que sa voisine Grépon-Mer de Glace, elle n'en mérite pas moins le détour car après les sections faciles de départ, le bastion de l'aiguille de Roc offre de belles résistances. Si seulement 73 m sépare l'altitude de l'Aiguille de Roc de celle du Grépon, il y a une petite marche de 60m à redescendre avant de reprendre l'ascension. Après deux rappels, on remonte le dièdre Frendo qui de loin ne semble pas très accueillant,  mais moyennant quelques monodoigts dans les oeilletons des nombreux pitons, ça se passe assez bien. Encore une fois, la montée déroule bien et on apprécie le panorama sur la vallée de Chamonix dés 14h.






S'il est clair que la légèreté permet ce genre d'horaire, elle ne reste qu'un des éléments de la réussite. A contrario du runner de sentier, il faut bien plus d'atouts que des grosses cuisses à un alpiniste pour diminuer son chrono. La légèreté du sac est relative quand on évolue en montagne même par beau temps, même en été. Le minimum se composera d'une doudoune, des gants, une frontale, des vrais crampons et un vrai piolet car l'été les affleurements en glace grise ne tolère que très mal l'alu. Concernant les chaussures, avec des paires de modèle alpi à 1350g, je pense que celui qui continue à aller au pied des faces en basket ferait mieux de changer de sport. Un autre domaine qui permet de gagner un temps précieux est la maîtrise des manips de corde. Même en rocher, suivant la difficulté et la configuration du terrain, la distance d'encordement variera sans cesse. Globalement, il n'y a que peu d'arrêts quand on grimpe Grépon MDG en 2 heures. Une arête ou un passage facile, la cordée est à 15m avec toujours 1 ou 2 points entre les types. Puis, quand ça grimpe un peu plus ou que le leader à une petite baisse de confiance, le second reste sur un point sûr et délove ses anneaux. Question matos de progression, il est bon de ne pas être trop limité, un peu plus de friends et de dégaines permettent au leader de ne pas s'arrêter tous les 50m pour être ravitaillé. On profitera du recomplètement matos pour manger une tite barre, boire un coup, se connecter sur Facebook et jeter un oeil au topo. Avoir une photo de la face prise pendant l'approche, permet de se situer plus facilement dans l'itinéraire.

Voie Bonington/Tejada-Flores, Face Ouest de l'Aiguille du Plan, 700m, M7. Première ascension en libre / Première répétition (?)

Obsédante, c'est surement la caractéristique qui colle le mieux à cette voie. La première fois que je l'ai observé, c'est en sortant au sommet de l'aiguille du Peigne. A peine rassasié de l'ouverture de "Full Love", Julien Désécure, sorte de Huggy les bons tuyaux de la montagne, me faisait remarquer le dièdre suspendu qui nous faisait face. Pressé par la nuit qui allait nous rattraper, j'enregistrais l'info dans mon deuxième neurone, le premier étant occupé à chercher le bouton ON de la frontale. Il est vrai que cette partie de la face prend toute sa dimension à la mi-journée quand le soleil projette l'ombre du dièdre en plein milieu du raide bastion sommital.



En fait non pas 8...6
  Un bon vieux "Guide Vallot" détaille l'ascension : Le grand dièdre terminal présente de très grosses difficultés. Il est peu ensoleillé et les premiers ascensionnistes l'ont trouvé complètement verglacé. Le topo évoque aussi nombres de passages athlétiques, pénibles, d'A3 et de protection sur micro-pitons. Forcément, cette ligne s'inscrit en bonne place sur ma to-do-list, reste à trouver le moment. Le plan idéal consisterait à bivouaquer au plan de l'aiguille pour :
    - Arriver au pied du bastion avant le soleil. (principe de sécurité)
    - pouvoir faire la traversée Plan-Midi dans les temps pour choper la dernière benne. (principe de paternité)
Comme d'hab, c'est le principal qui prime soit le principe de paternité. On adaptera le principe de sécurité en comptant sur de bonnes conditions de gel pour avancer rapidement et pouvoir ainsi quitter le couloir avant que le soleil engage le bombardement dû au dégel . L'intransigeable, le principe de paternité, devra être respecter : une nuit dehors, no more !
La météo et le planning commun décident que nous devront partir à la benne. Va falloir s'adapter...Montée au plus vite à la rimaye, pour gagner du temps, j'ai déjà le rack de matos prêt au Plan de l'Aiguille, mon matos individuel rangé dans un sac à commission ! Plus léger, j'arrive le premier au pied des difficultés. Un peu de répit, Korra arrive encordé, la corde en anneaux autour du buste. Rapidement je fais mon noeud et attaque pendant qu'il délove les 60 mètres. Le warm-up met dans le bain, du M4 raide. La suite, en glace/neige, semble délicate. Je relaie, récupère du matos et repars. De la bonne glace, puis de la neige verticale sans consistance, heureusement c'est court et ça protège bien. Un petit réta en glace fine et la difficulté tombe.
Le ressaut du bas


 Re-relais et on repars à corde tendu pour quelques centaines de mètres.

Le joli passage en goulotte

à pied d'oeuvre
 Une belle goulotte sur environ 80 m,  une traversé facile et nous  z'y voilà ! La course contre le soleil est gagnée, la montagne a été sympa en nous offrant des conditions optimales. Désormais la balle est dans notre camp, à nous d'étre à la hauteur des problèmes grimpistiques à résoudre. Korra attaque, tranquille et efficace comme d'hab !

L2 du bastion
 Dans cette perspective de terrain court, on partage le plaisir en alternant le leadership. A mon tour, la nature m'offre plusieurs possibilité, sans topo dictant le moindre de mes mouvements, à moi de faire le bon choix ou tout au moins d'éviter les grosses erreurs ! La suite sera, au niveau de l'itinéraire, plus simple : suivez le dièdre, point barre. Ça se redresse, Korra fait encore du beau mixte.

L3

Quand vient mon tour de jouer, le granit prend une teinte grise, rarement synonyme de bon caillou. Légèrement, je progresse en gardant en tête que mon pote est pile sous mes pieds. La fissure s'élargit, encore 2 options : extérieure ou intérieur ??? A ce stade là, les deux se valent mais j'avoue que la notion de sécurité qu'offre l'intérieur de la faille m'attire. Une ptite dizaine de mètres et ça se bouche, mais rejoindre l'extérieur semble encore compatible avec la largeur de mes épaules, rapidement mon casque se coince, je l'abandonne au dernier coinceur. En raclant un peu les bords, je retrouve l'extérieur et rapidement un bon emplacement de relais.


L4 / M6



 Dans ce genre de configuration, il faut savoir s'adapter au terrain. Monter tête baissée en bout de corde en ignorant l'environnement conduirait à une impasse, il faut se garder une réserve de matériel suffisante pour construire un relais fiable (= longueur très courte) ou alors trouver le terrain qui permet la construction d'un relais fiable avec le peu de matériel restant au baudrier ! On touche à ce distinguo fondamental qui fait la différence entre l'alpiniste efficace et celui qui a (croit avoir) un bon niveau technique mais dont les qualités d'adaptations en environnement de "terrain d'aventure" sont, comme dit la maîtresse de mon fils de CE2, en cours d'acquisition. Au final, la somme des temps passés à la construction des relais et de la pose des points se chiffre en heure.
Korra aura le bonheur de faire la dernière longueur raide. Une base de conti et de technique, les remarques des répétiteurs qui enchaîneront "à vue" seront appréciées !



L5 / M7
 Encore une grande longueur et nous sommes sur l’arête terminale, le sommet est a porté de main. On peut apprécier la course.
L6


 Une nouvelle fois, la performance des anciens est énorme car sans Camalot, ni TotemCam, ni Nomic, ces gars ont quasiment pliés la voie à la journée!!!!!
Notre dernière satisfaction de la journée sera de mettre les pieds sous la table au refuge du Requin. L'accueil de Delphine et Guillaume fait chaud au cœur, merci à vous, ne changez rien.

Matos : 1 rack du 000 au 4 + 1 rack du 000 au 1 / 3 gros stoppers / corde de 60m
Timing pour info : benne à 8.10 / rimaye à 9.45 / pied du mur à 11.30 / Top vers 18h

Voie Tchèques, Face nord des Droites.

Ce versant de la face souffre d'un grave complexe d'infériorité, coincé entre les sévères Tournier/Davaille / Ginat /Colton d'un coté et de l'accueillant Davaille de l'autre, les voies de ce secteurs sont rarement parcourues. Pourtant la Tchèque et la Messner méritent largement le détour !



Photo (c) Fred Souchon, 10 jours plus tôt

Grimper dans ce secteur me renvoie une vingtaine d'années en arrière, à l'époque jeune alpiniste sans peur et avec encore pas trop de reproche, j'avais choisi de grimper le Lagarde en solo. Je viens juste de faire le Fil à Plomb dans le même mode, je maîtrise tout, je suis trop fort ! C'est curieux comme la solidité des ponts de neige évolue avec l'age. A 25 ans, pas de soucis pour traverser un glacier seul. Passer le pont de neige d'une rimaye, Pffffftt, c'est du fun. Les cordées qui redescendent car elles brassent trop, un détail. Inconscient mais serein, je remonte ce couloir sans difficulté. A un moment, il se sépare en deux....merde, évidemment j'ai pas de topo et je n'ai rien demandé à personne. Je me fie à mon bon sens, la montagne je connais, ben ouaih, j'en fait depuis...3ans et puis ne suis-je pas membre de l'équipe FFME d'alpinisme, la crème de ma génération ! Sûr de la justesse de mon choix, je pars dans la branche droite. Je vois bien un petit ressaut rocheux au-dessus de moi, mais qu'importe ça doit être facile. Effectivement, c'est pas trop dur mais bon pas si facile non plus. La cerise, c'est quand je me rétabli sur l’arête. Je me voyais à une porté de crampon des 4001 m et en fait non. Une sale arête délicate, pas le choix, je monte. Le vide de la face nord ne me détend pas vraiment ! A un moment, je suis au pied d'un passage raide. Je trouve un piton avec une cordelette. L'option qui se dessine est aussi simple que terrifiante. Il faut basculer coté raide en priant pour que le clou soit béton ! Je passe mes lames dans la cordelette, je me laisse pendre dans le vide et je rejoins une banquette de glace. OUF ! Joker n°1 cramé, mais  comme toujours en montagne, on ne connait pas son capital. Peu après, un ressaut de 4/5 m me domine, pas d'issue, va falloir forcer. Putain, c'est raide mais bon les prises sont corrects. J'avance lentement, vérifiant chaque prise, je tend le bras pour attraper la suivante quand la prise du bas casse. Un court instant en équilibre sur les pointes des "Black ice" et je me rue sur la prise du dessus. Joker n°2 carbonisé...Je sors en tremblant, et me rétabli en larme sur une arête de neige sans consistance. Pas de portable, pas de radio, personne autour de moi, que faire ? Je pleure encore, j'hurle "au secours, à l'aide, venez me cherchez". Absolument inutile et sans effet, mais moralement ça aide. Je suis vidé, hors de question de continuer. Je tasse la neige, m’assoit, m'enroule dans ma couverture de survie et patiente. En effet, devant rentrer le soir, mes parents vont s'inquiéter, appeler le PGHM, et demain on vient me chercher. Pas très éthique mais dans mon état, fichtrement convaincant. La nuit est longue car en 1/2 heure ma couverture de survie est déchirée et ma barre énergétique avalée, la flotte c'est simple : j'en ai pas !
Une longue nuit à claque des dents s'annonce, je suis gelé. A l'époque, je n'avais pas les moyens d'avoir une bonne grosse doudoune light dans le sac ! Quand le jour se lève, un bruit d'hélico me sors de ma torpeur, cool c'est fini, SAUF que... le sommet est pris dans le nuage. L'hélico tourne puis le bruit s'éloigne. Seul. Rien d'autre à faire que continuer, la nuit à resserrer le manteau neigeux, la sortie s'annonce mieux. Néanmoins (enfin) prudent, je m'autoassure dans un petit passage glacé. Le sommet est atteint dans le vent et les nuages. Quelques rappels et le glacier est atteint. Un peu halluciné par les dernières heures, je suis des traces, en fait des boules qui ont roulées dans la pente. Fin de la connerie. Enfin pas vraiment, 1 semaine plus tard, arrivant d'une voie de la face nord mais ce coup-ci encordé, je retrouve mes traces, les suis et....tombe dans une grosse crevasse. Merci Joker n°3. Depuis mon point de vue sur le solo et les soloistes à bien évoluer, d’icônes ils sont passés à inintéressant. Je préfère (pas en fait) vivre l'aventure humaine de Benoist/Graziani que parler à ma main pendant quelques heures.

Trouver des infos sur cette Tchèque route n'est pas simple, le net n'est pas très prolixe en la matière, une ascension du GMHM en 2011, un vague topo sur C2C décrivant sous le nom de "voie Slovène" la marche d'approche et c'est tout... Le point commun de ces 2 récits est de poser en bon crux le ressaut de glace médian, artif pour les premiers et but pour les suivants. Des potes y sont aller récemment, ici , si ce ressaut a été passé à la loyal , le second cirque s'est révélé ardu et les a conduit eux aussi à redescendre brecouille. Ça + ça = grosse motive pour aller voir. Néanmoins, nous choisissons une stratégie sage avec traçage jusqu'au pied et bivouac. La configuration de la voie permet d'attaquer à la nuit, nous visons d'arriver au pied du crux au lever du jour. Réveil à 01.30, c'est tôt mais les départs de bivouacs sont toujours laborieux...Pour faire rapide, Korra boit dans la gamelle en même temps qu'il enfile sa chaussure, zippant au passage du talon, la gamelle lui échappe et le litre d'eau se répand dans le duvet et plus précisément sur ses gants. J'éclate de rire jaune quand il les éponge comme une vieille serpillière...Mais cet homme est une machine que rien ne l’arrête, pas même des gants trempés avant une ascension en neige ! 2 minutes sous la flamme du réchaud et c'est partit ! J'enquille le début  et remonte doucement la goulotte de départ, la pente s'adoucie, 60 mètres plus raide en neige dure et nous voilà au pied du crux. Le jour se lève à peine. L'italian machine prend les commandes, l'exposition étant un sentiment inconnu chez lui, la longueur est enchaîné en un petit 1/4 d'heure, chapeau !!!!
Qui c'est qui va se prendre un spindrift ?
La section crux
 La suite déroule mais la neige gros sel associée au soleil de plomb nous freine un peu. Après 1/2h de cuisson, c'est avec plaisir (!), que nous repassons à l'ombre.


 Le grand cirque qui nous domine est franchement raide mais nous avons bien étudiés les photos des copains prises la semaine précédente et je sais exactement la ligne que je veux suivre. Même si entre temps, il a neigé et les fissures évidentes sont gavées d'une belle couche de neige.
Le grand cirque, L1


Ce ressaut se négociera en 3 longueurs de 30m, genre M5/6. La première avec un passage en coincement dans une fissure un peu large, la seconde dans un rocher pas dément dément.

Le grand cirque, L2
Le grand cirque L3
Nous ne trouvons aucun point en place si ce n'est 2 broches à glace matées dans une fissure en guise de relais.

 Je m'égare dans la troisième, traversant trop à gauche dans du rocher en décomposition. Korra passera finalement droit au dessus. Nous voilou sur l'arête pas loin du Tournier. 60m d’arête facile, petite trav pour aller chercher une jolie goulotte qui durera sur 2 longueurs, un coup encore de mixte et on arrive sur l'arête terminal.
La goulotte, partie 1

Sous l'arête
 Celle-ci est gavée de grosses corniches et la neige est totalement sans consistance, monter au sommet sent le chantier. Il est environ 16h, on a dû grimper environ 13 heures ça ira. On passe derrière une corniche en meringue pour aller chercher en rappel la variante Cordier du Lagarde. 2 rappels bien raides et on est dans la pente de neige. Back à la tente à 19h, cool on descendra tranquille de jour, j'adore.