RED BULL White Cliffs

RedBull, c'est d'abord cette boisson délicieuse au gout de fraise Tagada qui réhausse à merveille la Vodka.  C'est aussi une des rares entreprises à réinjecter une partie de ses outrageux bénéfices dans des événements sportifs d'ampleurs. Du coup, quand ils m'ont contacté pour faire le guignol avec des piolets, mon hésitation a été de l'ordre de la nano-seconde!!!!!
Toutes les belles photos sont dues à l'index de Jon GRIFFITH, pour le reste ne me dite pas merci.
 Me voilà donc traînant mon mauvais anglais sur l'île de Wight, grosso modo située sur la côte SW du Beefland. Le désert de ma culture pop m'a fait occulter cet endroit connu pour ses mythiques concerts des années 1970 qui rassemblaient jusqu'à 600 000 spectateurs venu écouter les Doors ou Jimmy Hendrix.

La bonne époque des années 70. Y zétaient détendu les gars en ce temps là



Pour les 10 grimpeurs choisis, pas de concerts géants, ni de public à outrance mais une occasion exceptionnelle de pratiquer dans un univers totalement différent de celui que l'on côtoie habituellement. Le coin est légèrement vallonné garni d'herbes rases genre entretenu par un jardinier suisse méticuleux puis d'un coup la falaise tombe à pic dans la mer.



Le vent souffle sans discontinuer et la météo passe d’exécrable à magnifique toute les 10 minutes. Situé à la pointe de l'ile, l'emplacement fut longtemps un terrain militaire dédié aux missiles nucléaires durant la guerre froide. Étrange mélange des genres.....

La teneur de l’événement est clairement annoncé, parcourir d'une traite 100m verticaux.


 Les vagues énormes rendent la durée de vie sur la plage équivalente à celle de survivre à un pique nique sur la bande d’arrêt d'urgence de l'autoroute du Soleil le week-end du 15 Août. C'est donc en moulinette que l'on y accédera. On quitte la plateforme pour se retrouver balancé par un vent furieux.

Après 15m verticaux, le dévers se creuse, il faut alors mousquetonner une bonne trentaine de dégaines sans lesquelles la descente se terminerait dans l'eau peu attirante de la Manche. Seul sur les galets en crampons, l'ambiance est irréelle, le bruit des galets roulés par la mer ajouté à celui des vagues qui s'écrasent à moins de 10m derrière le grimpeur restera gravé dans la mémoire de tous. Du bas, on ne voit ni l'arrivé, ni personne d'ailleurs, juste une petite voix dans l'oreillette qui te dit "3,2,1, goooooo".



Après un jour d'entrainement sur une autre voie et un repérage de la ligne de compétition, l'expérience est faible mais chacun à compris qu'il faudra prendre un maximum de risque pour gagner. Celui qui voudrait trouver des prises solides à 100% mettrait plus d'une heure à parcourir la distance, pour être rapide, il va donc falloir se pendre bien trop souvent sur des reliefs incertains. Les lames affûtés à l’extrême tenteront de s'enfoncer de quelques millimètres dans la matière inconsistante.




Le premier run ne respire pas la sérénité
Les fameuses fragiles"écailles" du White Cliffs








 Les premiers mètres sont instables puis on se lance dans une traversé en craie plus compacte. Le passage des concurrents à certaines fois creusé des bacs et d'autres fois fait effondrer des grosses écailles qui laissent place à des plaques complètement lisses. Ici pas de trous forés, ni de prises vissées, tout est blanc et la raideur empêche le regard de porter loin. Trouver chaque prise demande une extrême concentration et se pendre dessus un effort moral certain. Heureusement nous les grimpeurs avons le cerveau qui se déconnecte avant les biceps, cette particularité anatomique est des plus efficaces dans ce genre de situation. Après 3/4 minutes, les neurones dédiés au jugement sont mis sur off, la progression est rendue beaucoup plus simple quand la case "j'évalue" disparaît. Reste les fondamentaux "Je crochète, je tracte, je crochète, je tracte......" Sans repère de temps pour éviter d'étre déconcentrer, je monte du mieux que je peux en me fiant aux sensations. Parti en dernière position, j'ai le classement bien en tête. Le Russe Alexey Tomilov est monté en 16'46, vouloir battre ce type sera difficile. Véritable machine de la discipline, 3éme de la coupe du Monde 2014, entraîné 9 mois dans l'année, il est clairement au dessus du lot.
Russian machine en démo à Sotchi
 4 minutes derrière, mon pote Will Mayo a créé la surprise, lui qui se targue d'étre lent!!!!Le troisième est encore 2 minutes derrière.
Will MAYO, à Vail, CO, USA, dans un M13 de sa création
 Tous les concurrents sont forts et même si je suis extrêmement confiant, je sais qu'en compétition l'erreur est éliminatoire.
Une belle brochette de gars exceptionnels de gentillesse et de talents.
 L'écossais Greg Boswell et le Canadien Gordon McArthur
Ci dessous, L'ancien champion du monde Markus Bendler

 Avec un  nombre de mouvements sur prises foireuses proche de 300, la possibilité de chute est élevée!!!!! 20 mètres sous la cloche, le terrain se couche mais la craie est, là dure comme de la pierre, rendant les crochetages sur quartz aléatoires. Tomber à cet endroit serait stupide mais ralentir me gave, je donne tous ce que je peux et saute littéralement sur le gong. Je ne connais pas encore la qualité de ma prestation mais je suis satisfait de moi même, j'ai donner mon meilleur. Rapidement, les cris environnants me font comprendre que le résultat ne sera pas pire. 2ème du classement et sous la barre des 20 minutes, je peux être satisfait.








Podium, photos, douche puis comme chaque jour, l'organisation nous invite au restaurant mais ce soir, en plus, ils ont carrément réservé le Pub. Cerise sur le gâteau, tout est à volonté et le barman a bac+10 en cocktails infernals.

Les grimpeurs, au premier plan Scott MUIR, le Gentil Organisateur.

Contests de dry tooling et autres compets internationales 2014/2015

Et c'est repartit pour un tour. En France, le circuit Dry mené par l'assos' DTS, s'ancre dans le paysage automnale avec un nombre d'épreuves révélateur de l'engouement. La sélection nationale, 3éme du nom, se déroule au centre nationale de Champagny sur glace. Cette année encore, une coupe du monde s'y déroulera. Il ne nous manque plus qu'un compet' nationale indépendante pour que touts les étages de la fusée soient enfin réunie. Il serait grand temps que la FFME qui brille par son absence lâche enfin sa délégation à une fédé plus motivée...
Il me semble que le traditionnel Ice Festival de Kandersteg a disparu des tablettes, rançon de nombreux début janvier sans glace. Même si la compet' était nase, la soirée et l'ambiance exceptionnelles qui y régnaient seront regrettées de beaucoup. L'ice opening de Cognes prendra t il le relais ?
- 28 Septembre Charbo Contest à Lyon
- 5 Octobre : Sati Dry Day à l'Abattoir, Vercors.
- 11 Octobre :  Dry Tool Competition angleterre, sud de Heffield. Particularité :  Cette compet' présentera le même profil que l'exhibition des JO de Sotchi. Une succession de cubes comme ci-dessous.
- 11 Octobre : journée de détection dry tooling pour les 13/18  ans au col de Saint Saturnin (73). ici

- 12 Octobre : 1er DTS au Barrio, Maurienne. ici

- 19 Octobre : sélection nationale de l'équipe FFCAM à Champagny, ici, 8 grimpeurs sélectionnés (H/F) qui pourront suivre l'IWC avec aide financière.

- 25 Octobre, journée de détection dry tooling pour les 13/18  ans au Zoo (74). ici

 - 1er Novembre : Scottish Mixed Master, ici , à proximité de Fort William, Ecosse

- 02 Novembre : 2éme DTS

- 8 Novembre : British Tooling Series (BTS) - Glasgow - ici ou 

- 09 Novembre : Contest de dry tooling à Troubat, Pyrénées.

- 15 Novembre : BTS - Manchester

- 15 Novembre : 3ème DTS

- 29 Novembre : 4 éme étape du DTS, finale à Voreppe.

- 06 Décembre : Petzl Dry Tool Event, Pays-Bas à la salle Monte Cervino, ici

- 11 au 14 Décembre, 1ère étape coupe du monde glace, Bozeman, Montana, USA.

- 12 au 14 Décembre 2014 Cogne ice opening

- Ouray Ice Festival, 8 au 11 Janvier 2015, ici

- 2ème étape IWC, 9 et 10 Janvier 2015, cheoogsong, Corée du nord.

- 15 au 18 janvier 2015 : ICE de l'Argentière, ici

- 30/31 Janvier 2015 : GZD

- 3 ème étape IWC, 23 et 24 Janvier 2015, Saas fee, Suisse.

- 4ème étape IWC, 30/01 et 01/02/2015, Rabenstein, Italie

- 5ème étape IWC et CHAMPIONNAT NATIONAL difficulté et vitesse du 5 au 7 Février, Champagny, France,
Pour y participer, seront prioritaires tous ceux qui auront fait les sélections. Les places vacantes seront comblées sur dossier, sélection par ordre d'arrivé. 24 places en diff man / 24 diff W / 24 speed man / 24 speed W.
 Les concurrents de diff. masculine retenus seront répartis par tirage au sort dans les voies de qualif.

- 6ème étape IWC, 6 au 8 Mars, Kirov, Russie




Aiguille D'argentière (3901m), Ouverture d' "Élévation" 7b+max, 1100m.

Temporairement célibataire en saison d'été, mon univers est alors concentré sur la montagne 100% du temps. Pendant 6 semaines consécutives, le travail m'y amène et mes jours off m'y ramène. Mélange ininterrompu de bons moments et de pires catastrophe, la pause estivale devient un
véritable concentré d'émotions.

Moment attendu de l'été, j'apprécie particulièrement la fête des guides de St-Gervais car pour moi qui ne suis guide que par la médaille, vivre cette belle cérémonie de l'intérieur est un grand honneur. De plus, au gré des rencontres, son déroulement en est toujours incertain...mais bon cette année, après une 15aine d'heures de vigilance de tous les instants, j'ai réussi à ramener ma chemise, par contre "au revoir" béret et écussons. Une nuit bien trop courte, un petit BBQ à midi et nous voilà à chercher comment meubler les 2 jours suivants. Parti chercher des chanterelles,on se retrouve sur le quai du téléphérique des Grands, direction le refuge d'Argentière. Fabien Dugit a profité d'un sursaut de lucidité pour se rappeler qu'il lui restait à terminer une voie commencée 2 ans auparavant avec Eric Jamet et Cédric Lachat. Avec son éternel sourire en coin et sa bonne humeur constante, partir avec Fab' est la garantie d'un bon moment. Conjugué au fait de "devoir" rester au refuge pour 2 soirées, que demander de mieux ? Béa et Fred, les gardiens, sont d'une gentillesse rare, être leur hôte est un sacré privilège. Nos airs de zombies St-Gervolains les font bien rire quand on leur raconte notre journée de la veille. Faut dire qu'on a pas besoin de détailler car notre dernière prestation en ces lieux fut des plus mémorables. Après un excellent déjeuner des plus arrosés, Béa voulait appeler l'hélico, persuadée qu'on ne verrait jamais le bas de la Pierre à Ric!!!! Bon, c'est vrai que ça n'a pas été sans mal mais après un petit quart d'heure à chausser les skis et quelques "frontflip" improvisés, on a finalement touché le fond de la vallée. Tout ça pour dire qu'a 7.30, on dormait comme des bébés. Réveil à 04.00, glacier des améthystes, rimaye du Y, 150m de gradins faciles, à partir de là on reprend les longueurs ouvertes en 2012. Le granit est magnifique et la grimpe en fissure bien sympa, rien à jeter !!!! 
Un petit parcours d’arête varié et nous voilà au pied de la tour finale !!!! On a 3 possibilités, emprunter une ligne de fissures grises : peu excitant ; droit dans les toits : dément mais humide ; prendre en écharpe à droite mais sans certitude car on ne voit pas toute la face. Dans le doute, on choisit le doute. On ne sera pas déçu, que de la fissure et majeur en plus....Le bémol vient de l'averse de neige que l'on essuie et qui empêchera SuperFab d’enchaîner le 7b+ final. Reste encore la partie sommitale de l’arête du Jardin pour dépasser les 3900m. En résumé, une ligne hyper complète dans une ambiance décontractée, la classe quoi.


Les secours en alpinisme ne sont jamais anodins car même si la traumatologie est légère, le milieu n'en demeure pas moins exigeant. A contrario de l'alpiniste qui s'approprie doucement l'environnement, le secouriste s'y retrouve projeté bien souvent en quelques courtes minutes. Les éléments de l'alerte permettent de se faire une idée...qui, pour moi, est rarement la bonne. Même en connaissant très bien le massif, on n'en connaît jamais chaque mètre carré. Et c'est bien souvent ce mètre carré qui vient tout bousculer ! Quand par hasard tout colle, se seront l'aérologie ou la météo qui viendront rajouter du piquant... Il ne reste alors qu'une petite minute, quand tout va bien, pour élaborer un plan d'action ou l'on intégrera : le lieu de dépose par hélicoptère le plus adapté, la sécurité d'une équipe de 3 personnes, la médicalisation du blessé puis son évacuation, la gestion psychologique du compagnon de cordée, les risques environnants (chute de pierres, coulée de neige, crevasses potentielles, sérac, autres pratiquants....), tout cela pondéré par l'adrénaline de l'action en cours. La frontière entre vitesse et précipitation est aussi épaisse qu'une feuille de papier à cigarette. Il est bon alors de pouvoir bénéficier d'une expérience de 44 années d'inorganisation quotidienne qui au final donne une certaine facilité d'adaptation à l'imprévu.

Quand l'issu est dramatique, les réactions sont exacerbées. D'abord, il y a le choc de la découverte, quand l'issue est incertaine je me persuade jusqu'au dernier moment que tout va bien le meilleur des monde, puis brusquement, un sac, une veste, un corps. Tout bascule dans l'horreur, sans être docteur en médecine, certaines postions ne trompent pas...Il faut alors  « extraire » comme on dit. Un mot bien trop court pour résumer les actions qui vont suivre : anticiper sur les risques potentiels car souvent (toujours?) les corps s’arrêtent sans tenir compte de l’environnement. Même avec le statut de demi-dieu, le secouriste du PGHM (de Chamonix ;-) ) n'en demeure un homme. Personnellement, les circonstances ont faites que j'ai pris plus de risque pour un mort qu'un vivant. Piocher sous la rimaye du couloir du Goûter en fin d’après midi pour en extraire 3 personnes, descendre de 40m dans une crevasse dont les ponts de neige successifs étaient bien trop fragiles et ou ma corde de sécurité appuyait bien trop fort, se retrouver sous un énorme sérac pour libérer un corps retenu par de trop nombreux brins de corde avec un couteau qui ne fonctionnait pas assez vite. Dans ce cas, même relier au câble de l'hélicoptère, on sait que nos pilotes (qui eux sont de vrais dieux) auront du mal à nous dégager du risque mortel. Psychologiquement, cette situation est accentuée par le corps qui nous fait face. Les victimes ne ressortent jamais « anatomiquement correctes » de longues chutes. Le doyen de nos pilotes dit qu'il « voit la mort sans la regarder », pour nous secouristes je dirais plutôt qu' on « voit la mort et qu'on essaie de ne pas trop s'en imprégner » car quand il faut trouver le baudrier ou vérifier que la personne n'est plus accroché à la montagne, difficile d'éviter cet œil arraché, ces deux mains manquantes ou cette jambe qui a disparue.Et si l'on est assez « chanceux » pour être aveugle à tout cela, notre nez ne saura nous éviter cette odeur insupportable. Jeune secouriste, cette odeur remontait dans mes narines à chaque fois que j'ouvrais le dossier qu'il me fallait rédiger pour expliquer les circonstances de la tragédie.
Après le terrain et l'action qui capte l'attention, la partie la plus difficile reste à faire : accueillir la famille.Trop facilement, on se projette à la place du père, du frère ou du fils et le calvaire continue...
Si bien souvent, le décès est annoncé de vive voix par une tierce personne, certaines situations nous obligent à annoncer l'impensable par téléphone. Je me rappelle des conseils d'un brillant psy, «arriver à faire formuler aux proches ce que l'on doit annoncer.» J'avoue être extrêmement nul à jouer au chat et à la souris dans ce contexte. Les cris qui suivent sont insoutenables.
Le summum de l'émotion reste la rencontre avec les proches, quand il faut tenter d'expliquer, quand il faut dire avec conviction que non évidemment ils n'ont pas souffert. Un jour, j'ouvre la porte du PG et tombe face à une jeune maman en pleur, 2 jeunes enfants l'entoure, 2 et 5 ans. Papa est parti faire un saut en wingsuit, le reste de la famille l'attendait gaiement pour aller manger une glace. Il n'a jamais rejoins les siens, les cieux l'ont accueilli. Mes enfants ont un age identique, la transcription est rapide, je leur indique un endroit pour s'asseoir et m'éloigne la gorge bien trop nouée pour prononcer un seul mot. Après tout ça, difficile d'exprimer la motivation pour un tel travail. Néanmoins, je reste convaincu que c'est le plus beau de tous les métiers que j'ai envisager. Comme argument mon secours de la veille. Tentant l'ascension de la voie des Dalles au Pouce, un homme chute d'une vingtaine de mètres, son partenaire est affolé. L'accident s'est produit à environ 200m du sol, en pleine paroi. En cette fin d'aprésmidi, le temps est beau sur le massif mais un petit groupe de cumulus a décidé de faire une pause au-dessus de la Flégère. La première tentative d'hélitreuillage échoue, la visibilité varie trop rapidement...Incertain du bilan vital, il est urgent d'agir. Le pilote masterise et me pose en douceur, malgré vent et nuages, ma main attrape le relais sans forcer, à moi de jouer. Je me détache du câble, me sécurise à la paroi. J'évalue rapidement le patient, on l'évacuera en l'état. Impossible de faire mieux, si la météo se dégrade on sera tous bloqués au relais. Ce genre de dépose est délicate, le médecin ne pouvait m'accompagner. Après une court répit, les nuage reviennent. Le ton du mécano me fait facilement comprendre l'évolution de la situation d'un point de vue aéronautique. Méthodiquement, je sécurise le blessé, le décorde, lui enlève son sac, vérifie qu'il n'est pas accroché à la paroi par un autre mousqueton car cela serait catastrophique au moment du treuillage. Tout bon, je rappelle l'hélico. La boule orange qui symbolise l'extrémité du câble descend sur nous rapidement. Je l'y accroche, le décroche du relais, un dernier coup d'oeil pour vérifier que tout est ok, le signe de bras réglementaire et déjà il est loin de nous. Tous cela a durer moins de 3 minutes. Oufffffffffff, l'essentiel est fait. Pour son compagnon et moi, désormais l'issu sera par le haut. Je passe en mode guide pour la fin de l'ascension. La météo valide notre évacuation d'urgence, nous ne sortirons des nuages que 3 heures plus tard, le Pouce lui restera embrumé toute la soirée. Dés le lendemain, Gabriel pourra raconter la fin la course à son partenaire en toute sérénité, celui-ci n'a que 4 côtes cassées.


Variations autour de l'Envers

Comme dit ma femme "l'été est toujours une trop courte parenthèse dans cette vallée". En tant qu'alpiniste, c'est une période que j'apprécie pleinement car les objectifs que je me fixe sont tranquilles, sans pression et interrogation de toute sorte.
Mes sorties ont été à l'image des créneaux de beaux temps : brèves, rares et intenses. Après une apparthée bien trop fraîche sur l’arête Kuffner, je me suis régalé du versant ensoleillé des aiguilles de Chamonix. La météo saupoudrant régulièrement les sommets au-dessus de 3500 mètres, l'Envers des Aiguilles offre un terrain de jeu en parfaite adéquation avec mes ambitions de la saison : des parcours un peu long en terrain peu difficile. Si l'on y rajoute de belles faces, du soleil, du rocher sain, un sac léger et un horaire de réveil "normal", cet acharnement compulsif en deviendrait compréhensible.

Grépon-Mer de Glace sera notre 1er objectif, une valeur sûre du secteur. Il y a surement plus de 10 ans que je n'ai pas refait cette course, Alzheimer aidant, je suis quasiment "à vue". Vincent lui l'a fait il y a peu mais avec une mémoire vive n'excédant pas 1 semaine, on va devoir ouvrir les yeux. L'avantage des parcours à la journée réside essentiellement dans le fait qu'il fait jour...avec un premier train à 8.30, pas de galère de franchissement de rimaye à la frontale . Vinc' retravaillant au bureau à 17h, on aura que peu de temps pour discuter de l'adage "C'est pour la plupart des hommes un exemple décourageant que la sérénité d'un cochon". Du découragement, nous n'en auront pas trop subi car la voie est pliée en un peu plus de 2h jusqu'à la brèche.
2 semaines plus tard, Fab Dugit France embarque à bord du train du Montenvers avec nous. Direction : l'aiguille du Plan.



 Cette fois, personne n'embauche à 17h mais un pote fait son pot de départ en début de soirée. Avec toute les farattes qui traînent en ces occasions, on sait qu'il ne faudra pas arriver trop tard si on veut avoir droit à un verre de punch et des petits fours!!!!
Réglé de la fois d'avant, je gagne 1 kg car j'ai compris que je pouvais remplir la gourde à coté du refuge. Un bon podcast d'életro nous motive, du coup la montée est dure mais pas trop longue, les choses se gâtent quand on prend pied sur le glacier. Pas une trace et avec le soleil qui tape depuis un bon moment, à chaque pas on s'enfonce d'une bonne dizaine de centimètre.

 Au début, on a le moral car vue qu'on vise la mauvaise montagne, la face parait proche. Quand on se rend compte que l'on ne va pas au Pain de Sucre mais bien plus en amont, je me dis que le podcast va être un peu court... L'attaque de la voie Ryan est réputée pour sa triple rimaye mais pour nous pas de souci de rimaye car en étant à midi au pied il va falloir trouver une alternative. Le rocher restant le plus sûre face à la neige molle, on passera par là. A une chute de pierres évitée de 20 secondes et une glissade du leader arrêtée 2 mètres au-dessus de la rimaye haute de 10 m, on peut dire que cette option déroule bien.


 Sans se concerter, on est unanime pour dire que l'issue se fera vers le haut. Une fois ces fantaisies effectuées, la ligne est vraiment classe, le cheminement demande un peu de réflexion car les options sont toujours multiples et en tous cas toujours très athlétiques. Respect pour les frères Lochmatter qui en 1906 avaient une sacré sérénité de cochon pour envisager l'ouverture de cette itinéraire d'envergure en partant du train du Montenvers ...en 12h40!!!!!! Bon au final, on passera autant de temps sur le sentier que dans la voie, 4 heures pour chacun. A 16h, au sommet de l'aiguille du Plan nous avons 2 solutions : mettre 1h pour rejoindre l'Aiguille du Midi mais si on se rate sur l'horaire, on rate la benne. Soit on se tape 2600m de dénivelée négative à pied et on est sûr d'étre à Cham ce soir. La chance nous sourit car une trace énorme part en direction du refuge du Requin, il nous faudra encore 6 bonnes heures pour atteindre la vallée. C'est curieux, arrivé à l'apéro à Francis tout le monde se tenait loin de nous, soit disant qu'on sentait un peu la transpiration....





Le 3ème et dernier "summer run" se déroulera sur Roc-Grépon, encore une classique que ni FabienDugitFrance ni moi n'avons eu la chance de parcourir. Largement moins fréquentée que sa voisine Grépon-Mer de Glace, elle n'en mérite pas moins le détour car après les sections faciles de départ, le bastion de l'aiguille de Roc offre de belles résistances. Si seulement 73 m sépare l'altitude de l'Aiguille de Roc de celle du Grépon, il y a une petite marche de 60m à redescendre avant de reprendre l'ascension. Après deux rappels, on remonte le dièdre Frendo qui de loin ne semble pas très accueillant,  mais moyennant quelques monodoigts dans les oeilletons des nombreux pitons, ça se passe assez bien. Encore une fois, la montée déroule bien et on apprécie le panorama sur la vallée de Chamonix dés 14h.






S'il est clair que la légèreté permet ce genre d'horaire, elle ne reste qu'un des éléments de la réussite. A contrario du runner de sentier, il faut bien plus d'atouts que des grosses cuisses à un alpiniste pour diminuer son chrono. La légèreté du sac est relative quand on évolue en montagne même par beau temps, même en été. Le minimum se composera d'une doudoune, des gants, une frontale, des vrais crampons et un vrai piolet car l'été les affleurements en glace grise ne tolère que très mal l'alu. Concernant les chaussures, avec des paires de modèle alpi à 1350g, je pense que celui qui continue à aller au pied des faces en basket ferait mieux de changer de sport. Un autre domaine qui permet de gagner un temps précieux est la maîtrise des manips de corde. Même en rocher, suivant la difficulté et la configuration du terrain, la distance d'encordement variera sans cesse. Globalement, il n'y a que peu d'arrêts quand on grimpe Grépon MDG en 2 heures. Une arête ou un passage facile, la cordée est à 15m avec toujours 1 ou 2 points entre les types. Puis, quand ça grimpe un peu plus ou que le leader à une petite baisse de confiance, le second reste sur un point sûr et délove ses anneaux. Question matos de progression, il est bon de ne pas être trop limité, un peu plus de friends et de dégaines permettent au leader de ne pas s'arrêter tous les 50m pour être ravitaillé. On profitera du recomplètement matos pour manger une tite barre, boire un coup, se connecter sur Facebook et jeter un oeil au topo. Avoir une photo de la face prise pendant l'approche, permet de se situer plus facilement dans l'itinéraire.